Chefferie traditionnelle : Karamôgô Ouattara intronisé Golotigui de la communauté Dioula

Kombougou, quartier des Dioulas à Bobo Dioulasso, a refusé du monde ce Dimanche 29 octobre 2023. C’était à l’occasion d’un rituel sacré et secret de la tradition de cette communauté : l’intronisation du nouveau Golotigui. La cérémonie a réuni les fils et filles Dioulas venus d’horizons diverses pour témoigner leurs intérêts aux pratiques traditionnelles de leur communauté.

C’est le patriarche Karamogo Ouattara, fonctionnaire à la retraite de son état, qui a été intronisé comme Golotigui. Il succède à ce trône, à Bakoffi Ouattara.

Cette intronisation se fait sur la base de certains critères bien définis. En effet, chez les Dioulas, rien n’est fait au hasard ! C’est d’abord le plus âgé des pères qui est responsabilisés pour ce poste. Ensuite, les considérations en lien avec la paix, la cohésion sociale, l’unité de la communauté dioula, des autres communautés et de la nation toute entière sont aussi pris en compte.

L’implication des Bobo- Dioulas dans cette cérémonie…

Si l’on se réfère à l’histoire, l’alliance réelle entre Bobos et Dioulas ne date pas d’aujourd’hui. En effet au début du XVIIIe siècle juste après la fondation du royaume de Guiriko, les dioulas venus de kong se sont retrouvés à Bobo-Dioulasso où, la communauté résidente en majorité était les Bobos et les Tiéfos. Mais les dioulas n’ont pas rebroussé chemin. Ils se sont installés à Dioulasso-Ba où ils ont cohabité avec les Bobos-Dioulas. « Ce n’est pas une obligation d’impliquer les bobos dans nos pratiques culturelles », dira Ba Pingué avant d’ajouter que c’est une marque de reconnaissance et de respect que de le faire. « C’est une marque de respect que de dire à celui qui vous a reçu un jour, de donner label à celui qui va assumer la responsabilité de votre communauté », a-t-il laisser entendre. C’est dire donc que la reconnaissance chez les Dioulas est une vertu !  

Une cérémonie très riche en couleur mais pas que …

C’est une foule en liesse qui a témoigné son intérêt à cette manifestation. Les Bobos et les Dioulas, vêtus de leurs plus beaux uniformes, d’autres en tenues traditionnelles ont escorté le chef vers les lieux de l’intronisation où des coups de feu annoncent son arrivée.  Moment solennel, même si des frayeurs sont constatées de part et d’autres. Ensuite, tous les invités se mirent debout pour accueillir le chef. Résonnement de tam-tams par ci, chants de griots par là. C’est l’arrivée de l’élu du jour.  Vêtu, de la tête aux pieds, de pagne traditionnel et encadré de notables et de soldats traditionnels tenant des sabres en mains, le tout nouveau Golotigui avance vers son trône.

Peu de temps après son installation sur le fauteuil royal, s’en suit les interventions et c’est Ba Pingué Ouattara représentant la communauté Dioula, qui adresse les mots de bienvenu aux autorités politiques, religieuses et coutumières en particulier et à tous les invités en général.

La cérémonie est une belle réussite. Tout le monde en a plein les yeux.  Les jeunes Dioulas dansent devant leur futur nouveau chef. Aux environs de 13h, les autorités coutumières, installent officiellement et solennellement Karamogo Ouattara, au titre de Golotigui de la communauté Dioula. Le chapeau royal sur sa tête et le sceptre en main, le tout nouveau Golotigui des Dioulas reçois les bénédictions des autorités religieuses pour la bonne marche de sa mission.  

Connaissance de la communauté Dioula…

Les dioulas sont originaires de Kong et c’est à Kong qu’est né le premier empire des Ouattara fondé par Sékou Ouattara, frère ainé de Famagan Ouattara, qui, à son tour œuvrera à l’extension de l’empire par l’annexion d’une grande partie de l’Ouest du Burkina actuel, du nord du Ghana et du Sud-ouest du Mali.

C’est au XVe siècle que les Dioulas venus du Mandé et dirigés par Bokar Traoré ont fondé le royaume de kong. Après plusieurs dizaines d’années de luttes de conquête du pouvoir contre Faaman Lassiri Gombèlè, grand défenseur de l’animisme, Tiéba d’abord et ses enfants ensuite arriveront à créer véritablement le premier royaume Dioula. Et c’est précisément Cheick Oumar Abdel Kader, fils de Tiéba, né en 1665, qui accéda triomphalement au trône en 1710 et pris le nom impérial : Sekou Ouattara. Il est le premier à porter le nom Ouattara comme emblème de sa victoire contre le pouvoir animiste de Lassiri Gombèlè. Il réussit à unifier la région de Kong et lança ainsi les conquêtes avec son frère cadet Famagan Ouattara.  Toutes les familles princières Ouattara viennent du même foyer, celui de Tiéba père des deux fondateurs : Sékou et Famagan.

En attendant de voir le nouveau Golotigui sur le terrain, l’ensemble des invités a connu une journée très riche en enseignements, en révélations et en valeurs de société moulée du terroir Dioula et c’est tout à l’honneur de la grande communauté des Dioula.

Djama KONE

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