L’Intelligence artificielle mettra-t-elle fin à la créativité humaine et à l’intégrité académique ?

ChatGPT, développé par OpenAI, est l’un des modèles de langage les plus avancés de l’industrie de l’intelligence artificielle. Il a révolutionné la façon dont cette dernière est utilisée, et est capable de comprendre et de générer des phrases complexes, ce qui en fait un outil précieux pour de nombreux domaines, allant de la rédaction automatique à l’analyse de données. Cependant, l’utilisation de ChatGPT soulève des défis liés à l’intégrité et l‘honnêteté intellectuelle, en plus de poser l’éternelle question: l’intelligence artificielle remplacera-t-elle l’être humain?

Open AI avait déjà lancé auparavant son programme d’intelligence artificiel « Dall E », capable de générer des images à partir de phrases. « Chat GPT » monte à la vitesse supérieure, en générant des réponses cohérentes et bien construites aussi bien dans la forme que dans le fond. Le programme n’en est qu’à ses débuts, mais il est déjà capable de raconter des histoires, des blagues, écrire un essai universitaire et des éditos de presse, proposer un diagnostic médical, etc. Certes, la société mère met en garde que le robot « peut occasionnellement générer des informations incorrectes« , « proposer un contenu biaisé », ou encore que « sa connaissance du monde est limitée à ce qui s’est passé en 2021« , mais on en est qu’aux débuts. Toutefois, l’outil a très vite créé le mauvais buzz, et soulevé des questions liées à l’honnêteté intellectuelle, surtout lorsque certains étudiants l’utilisent notamment pour générer des dissertations, qu’ils présentent à leurs professeurs prétendant qu’il s’agit de leur propre travail. Est-ce donc la fin de l’intégrité intellectuelle?

Grands modèles de langage: comment ça fonctionne

Ahmed Kachkach, expert en Intelligence artificielle opérant dans une grande entreprise technologique américaine, explique à SNRTnews que ChatGPT fait partie des « grands modèles de langage« . Il s’agit de modèles d’IA très larges entraînés sur des millions d’exemples de textes ou d’images, donc sur une grande quantité de données. Ces modèles utilisent une nouvelle architecture de réseaux connue sous le nom de « transfomers » ou « attention ». Cette architecture permet au modèle d’apprendre les relations entre les parties d’un texte. Les modèles précédents ne pouvaient traiter que cinq, dix ou cent mots d’affilée, mais ces nouveaux modèles peuvent traiter 6.000 mots et comprendre comment un mot au début d’un paragraphe de 6.000 termes est lié à un mot à la fin du paragraphe. Cela était difficile à apprendre pour les modèles précédents. « Pour résumer: ce qui caractérise ces modèles est leur grande échelle, ils ont des paramètres qui sont essentiellement un nombre à l’intérieur du modèle, donc ces modèles peuvent avoir des milliards de paramètres, une quantité de données plus grande et une nouvelle architecture qui permet au modèle d’apprendre des motifs plus complexes », indique notre expert.

Chatgpt utilise également ce qu’on appelle l’apprentissage par renforcement. En plus d’être entraîné sur tous ces textes, il a été entraîné sur des données générées par OpenAI lui-même, où des personnes ont parlé au robot et lui ont révélé les réponses appropriées aux questions posées. Concernant la manière d’apprendre, l’expert explique que ces modèles sont entraînés via ce qu’on appelle la « fonction objectif ». « C’est essentiellement lorsque l’ingénieur construit le modèle et décide de ce qui peut être considéré comme une erreur. Cette dernière pourrait être une mauvaise prédiction du texte. Par exemple, on lui donne une phrase très longue et on s’attend à ce qu’il prédise chaque mot de la phrase en prenant en compte les autres mots. On définit ce genre de fonction objectif et la façon dont le modèle s’améliore en lui donnant beaucoup d’exemples« , ajoute-t-il, tout en soulignant qu’au fur et à mesure qu’on collecte plus de données, les performances des modèles s’améliorent en général, mais ce n’est pas suffisant, car ce n’est pas uniquement une question de taille des données mais aussi question de qualité.

L’enjeu de l’intégrité intellectuelle

Notre expert explique que ces nouveaux modèles pourraient être utilisés de manière négative, notamment lorsque cela concerne l’intégrité académique. A ce propos, Kachkach a cité le cas de la plus grande conférence de machine learning qui refusera désormais les articles dont une partie a été rédigée par ChatGPN ou des modèles similaires. Par ailleurs, OpenAI planche sur les moyens de s’assurer que tous les textes générés par le biais ChatGPT deviennent détectables. Certains experts œuvrent afin de développer des modèles qui peuvent détecter le contenu de ChatGPT. « Ce dernier pose des défis, car il peut maintenant générer des réponses similaires à celles d’un humain à de nombreuses questions. Mais nous devrions être plus enthousiastes à ce sujet, car si un modèle peut générer toutes ces réponses, il n’est pas certain que nous, les humains, soyons capables d’effectuer des tâches répétitives. Par exemple, résumer un texte pourrait être une perte de temps, et il vaudrait mieux faire des choses plus créatives« , a-t-il souligné.

Mais ce type de modèles remplacera-t-il totalement l’être humain? A cette question, Ahmed Kachkach nous invite à explorer l’histoire de l’humanité, afin de voir qu’il y a toujours eu une crainte vis-à-vis des progrès et des avancées technologiques. Notre interlocuteur cite, à ce titre, l’exemple des musiciens qui protestaient lorsque le cinéma a commencé à utiliser la musique. « Il n’était pas possible d’avoir du son dans les films, et on faisait venir des orchestres pour jouer de la musique, mais lorsque le cinéma a commencé à intégrer des bandes son au film, les musiciens étaient scandalisés et craignaient qu’ils ne soient remplacés par les machines et par les enregistrements audio, et c’est clair que ce ne fut pas le cas, nous avons eu droit aux meilleures créations musicales au siècle dernier« , a-t-il tenu à rappeler.

Et d’ajouter: « je trouve qu’au contraire, ces modules lancent aux auteurs et aux artistes le défi d’être de plus en plus créatifs, l’humanité cherchera toujours plus de créativité. Et avoir des modèles capables de générer des milliers d’œuvres d’art mettra les artistes aux défis de pousser les limites de leur créativité. L’IA ne mettra pas fin à la créativité, mais poussera les artistes à âtre plus créatifs, et pourra les aider dans plusieurs aspects« .

Les bienfaits de l’IA

L’apparition de ce genre de modèles d’intelligence artificielle soulève en effet de nombreux défis, mais comporte de nombreux bienfaits. Notre interlocuteur souligne par exemple que ce type de modèles pourraient, dans le futur, lorsqu’ils seront assez développés, aider les enseignants et professeurs à se passer des tâches répétitives, ou répondre aux questions habituelles des apprenants. « Cela laissera aux enseignants le temps pour des activités plus productives« , a-t-il lancé.

L’expert ajoute que l’intelligence artificielle représente de nombreux bénéfices pour l’humanité, citant à ce titre des modèles IA spécialisés dans le repliement des protéines, dans le domaine de la génomique, etc. Pour sa part, ChatGPT et les modèles similaires pourraient être utilisés afin d’aider les personnes à être plus productives. « Certains logiciels aident à mieux écrire, ils ne nous remplacent pas mais nous assistent« , a-t-il déclaré, soulignant que la seule solution est d’adopter cette avancée technologique significative et contribuer à son développement. « Au Maroc nous devons améliorer l’apprentissage du machine learning, afin de devenir une partie de cette révolution et pas juste des consommateurs et trouver des moyens créatifs afin d’utiliser cette technologie », a-t-il conclu.

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Flavie

Journaliste/Blogueuse, PDG de Jolina's Com, structure de communication/événementiel, Directrice de Publication du Miroir de l'Info. Chargée de la Communication au sein de la Direction Régionale de Recherches Environnementales et Agricoles de l'Ouest, Burkina Faso, Bobo-Dioulasso. Directrice Artistique du Festival de Musiques et Danses Africaines (FEBAANOU)

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