Filière papaye : Des producteurs aptes à faire face à la cochenille farineuse

L’atelier de restitution de la formation aux producteurs de papaye sur la gestion intégrée de la cochenille farineuse du papayer dans les provinces du Ziro et du Kadiogo, dans le cadre du projet USAID-Fruits et Légumes s’est tenu du 21 au 23 décembre 2022. Organisée par le Programme Cultures Maraîchères de l’Institut de l’Environnement et de Recherches Agricoles (INERA), en collaboration avec la Direction de la Protection des Végétaux et du Conditionnement (DPVC) ainsi que l’Université de Ouahigouya, cette formation a réuni environ 100 personnes dont plus de 70 producteurs et une dizaine d’agents d’appui conseil du ministère en charge de l’agriculture.

Ces agent d’appui conseil ont restitué fidèlement les leçons sur la gestion intégrée de la cochenille farineuse du papayer

La session a été organisée dans le but de permettre aux producteurs de papayer de bénéficier de la restitution de la formation reçu au mois de mai dernier par les agents d’appui conseil. Avec pour objectif de renforcer leurs capacités dans la lutte contre la cochenille farineuse du papayer, elle avait été voulu pour pallier au problème auquel la filière papaye est confrontée depuis environ une décennie. Ces agents avaient la lourde tâche, en tant que formateurs, de faire une restitution aux producteurs des provinces du Ziro et du Kadiogo. « L’idée était de former ces producteurs à changer de pratique sur l’itinéraire technique de production et la gestion intégrée de la cochenille farineuse de la papaye », a dit le Dr Nébié Karim, chercheur, chef de programme Cultures Maraîchères et Fruitières de l’INERA, par ailleurs coordonnateur du projet USAID-Fruits et Légumes.

Le Dr Karim Nébié est membre de l’équipe de coordination des activités entrant dans le cadre de la lutte contre ce ravageur

Le terrain détermine la manœuvre…

La mise en pratique de ce que l’on apprend nous permet d’appliquer nos connaissances à des situations réelles, de les confronter à la réalité et donc de mettre en lumière certaines particularités et/ou incohérences que l’on n’aurait pas pu discerner uniquement avec une approche théorique. C’est fort de cette assertion, que pour cette activité de restitution, toute l’équipe de formateurs a rejoint les producteurs dans des vergers de papayer, dans le Ziro mais aussi dans le Kadiogo, afin de mieux toucher du doigt, les réalités du terrain. Cela a été l’occasion de les sensibiliser sur les bonnes pratiques de production en vue d’atténuer les infestations de la cochenille farineuse du papayer ; leur apprendre à reconnaître la cochenille farineuse du papayer, son mode de vie (cycle de développement, plantes hôtes, périodes d’abondance), ses symptômes et dégâts ; leur présenter et discuter avec eux, des stratégies de gestion intégrée du ravageur, adaptées à leurs systèmes de production. Une activité dont la nécessité n’est plus à démontrer si on se réfère aux propos des producteurs présents à la restitution.

« Dans notre zone beaucoup de plantes sont attaquées. J’ai essayé de nombreux traitements chimiques, à des intervalles de plus en plus rapprochées sans succès », a soupiré Mr Ouédraogo Ali, producteur de papaye dans la province du Ziro. Autre producteur, autres lamentations, face à ce ravageur. Pour Mr Derra Hamidou, dans la commune de Bakata, le problème qui s’est généralisé, a ralenti l’activité des producteurs. Ce dernier se réjouit de la tenue de cette formation qui, selon lui, permettra de venir à bout de ce ravageur. « Lorsque nous l’avons découvert, nous avons essayé des traitements qui n’ont malheureusement pas pu le contrer », a-t-il souligné.

Quel est donc ce ravageur qui terrorise la filière papaye ?

L’agent causal de cette situation qui mine la production de la papaye est la cochenille farineuse (Paracoccus marginatus). Il a été signalé depuis 2009 au Ghana. Mais c’est en 2013 qu’il fut découvert au Burkina Faso, précisément sur la Station de Recherche de Farako-Bâ.

« Ce ravageur est d’origine Mexicaine. Il aurait été introduit dans les autres pays à partir des échanges de matériels végétaux infestés », selon le Dr Karim Nébié. C’est un insecte en forme de coques, piqueur-suceur de sève qui infeste les feuilles, les fleurs, les fruits ainsi que les troncs. Ses dégâts se traduisent par un dépérissement des organes atteints à cause de l’action mécanique du rostre et au prélèvement de sève. Sa présence sur les fruits du papayer entraîne l’apparition et le développement de la fumagine sur du miellat qu’il sécrète, entraînant une réduction de la valeur marchande des papayes.

Pourquoi lutter contre ce ravageur de la papaye ?

Le papayer, est une plante tropicale arborescente, de la famille des Caricacées. Originaire d’Amérique centrale et du Sud, ce fruit joue un rôle très important aussi bien dans l’alimentation humaine que dans la médecine.

Sur le plan alimentaire, la consommation de la papaye facilite la digestion et constitue une importante source de vitamine (A, B et C). Elle est beaucoup consommée comme dessert pendant les repas. Certaines personnes la préfèrent sous forme de jus, de confiture ou de purée.
Pour ce qui est de l’aspect médicinal, la papaye non mur sert à traiter les troubles gastro-intestinaux mais aussi certaines affections cutanées. Les graines de la papaye sont des vermifuges, tandis que ses feuilles, utilisées en infusion servent de traitement anti-palustre. Les racines sont de véritables vermifuges et interviennent dans le traitement de la dysenterie, le panaris et le rhumatisme. Son latex a une propriété hémostatique, coagulante et cicatrisante.

Outre ces vertus alimentaires et thérapeutiques, la filière papaye est une véritable mine d’or pour l’économie. En effet, au Burkina Faso, elle se démarque des autres productions fruitières avec plus de 1000 ha de superficie exploitée en moyenne chaque année autour des périmètres irrigués. Selon les données de la Direction des Filières de la Direction Générale des Productions Végétales, la production annuelle est de près de 33 000 tonnes. Elle constitue donc une source de revenu importante aussi bien pour les producteurs que pour le pays tout entier. Cette formation a été possible grâce au projet Laboratoire d’innovation des menaces présentes et émergentes des cultures de Feed the Future-USAID en collaboration avec l’Université de Pennsylvania State des USA. L’Institut de l’Environnement et de Recherches Agricoles (INERA), la Direction de la Protection des Végétaux et du Conditionnement et l’Université de Ouahigouya, sont la cheville technique de cette activité.

Les producteurs du Ziro captivés par la restitution, preuve de l’importance des dégâts de ce ravageur dans la localité